Bazin Malien : La grogne des commerçants maliens contre la contrefaçon chinoise

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L’occupation progressive du marché malien par les commerçants chinois inquiète, et la grogne monte chez les détaillants maliens qui menacent de manifester leur ras-le-bol, si rien n’est fait pour mettre fi  à « la concurrence déloyale » de la Chine au Mali. Après la menace de grève des commerçants détaillants de chaussures, en colère contre les boutiques de détails chinoises, d’autres victimes de produits chinois montent au créneau : il s’agit des commerçants de Bazin, regroupés au sein d’un mouvement dénommé « Groupement Mogodjokinéw » (les victimes). Ces commerçants, qui sont soutenus par les teinturiers ont regagné le front de la contestation, le vendredi 9 février 2018 au cours d’un grand meeting d’information et de mobilisation à la Place du Souvenir au Grand marché de Bamako. Qu’est-ce que les frondeurs reprochent aux Chinois? Votre hebdomadaire d’informations économique et financière « Les Secrets Bancaires » a approché certains acteurs.

Teinturiers et commerçants détaillants du Bazin haussent le ton, en rang serré, ils veulent barrer la route du marché du détail malien aux chinois, et mettre la pression sur ceux qui se sont confortablement installés. La galère qui les frappe et menace aujourd’hui leur survie et celle de leur famille, les y oblige, explique ali sall, le chef de file des frondeurs. selon lui, la souffrance des commerçants du Bazin ne se limite plus au marché, mais elle a déjà atteint les foyers et menace l’équilibre et la stabilité des familles, tant les revenus ont chuté, du fait de la concurrence déloyale. « Le problème existe depuis quelques années. Mais aujourd’hui, nous n’en pouvons plus. L’avenir de nos enfants et la stabilité de nos foyers nous obligent désormais à rester debout et sur la garde de livrer combat », nous confie le président du mouvement.

Mais d’où vient cette galère des commerçants du Bazin ? le président de l’association des teinturiers, adama sissoko explique : «Aujourd’hui, le marché malien est inondé de bazins chinois teintés. Ce modèle  de  bazin est appelé en langue bambara « Touloumani » ou « bazin brillant » en français. C’est une contrefaçon qui concurrence le bazin fait par les teinturiers maliens. Depuis l’arrivée de ce modèle sur  notre  marché, importé  par  des Chinois, beaucoup de teinturiers sont en train de fermer boutique faute de marché».

A sa suite, Korotoumou sawadogo, porte-parole des femmes teinturières du Mali dénonce et fustige : « C’est une concurrence déloyale qui risque de tuer toute la chaîne intervenant dans le bazin. Auparavant, les chinois n’exportaient que du bazin blanc, non teinté, mais aujourd’hui ils nous concurrencent avec du bazin teinté. Une  contrefaçon  de  nos  propres modèles. A cause de cette contrefaçon, nous perdons nos clients, notre métier a été saboté par les Chinois qui veulent le massacrer ». Pour la renaissance d’un climat de partenariat fécond avec les chinois, les teinturiers invitent les autorités en charge du commerce à prendre rapidement des dispositions afin de lutter efficacement contre les contrebandiers chinois. selon le président du Groupement Mogodjokinéw, la vente du Bazin ne rapporte plus et il pointe du doigt la pratique des chinois qui cumulent actuellement la vente du Bazin en gros et en détail. « Ils portent atteinte à notre commerce.

Nous voulons que les Chinois quittent nos marchés. Nous n’arrivons plus à dormir, notre commerce devient de plus en plus difficile et inquiétant. Nous perdons de jour en jour nos  clients,  car  les  Chinois  ont  envahi  les marchés et leur donnent les marchandises au prix  de  grossistes », dénonce ali sall. Pour sadia KEita, vendeur de teinture, il n’y a plus de temps à perdre. « Nous sommes aujourd’hui poussés  dans  notre  dernier  retranchement. Plus question de reculer d’un iota, les autorités doivent réagir. Avant, je pouvais vendre quatre conteneurs  de  teintures  en  deux  mois,  mais maintenant, je ne peux même pas vendre deux conteneurs en une année. La contrefaçon chinoise ruine l’économie du pays et engendre  le chômage. Nous ne savons plus quoi faire, à cause de la dette,  certaines femmes ont, tout simplement, préféré abandonner le secteur du Bazin  au  profit  d’autres  activités  commerciales. Nous  recevons  des  convocations  en longueur de journée. Si nous parvenons avant à  subvenir aux besoins de nos familles grâce à ce métier,  aujourd’hui c’est le contraire.  Les chinois ont gâché en falsifiant les couleurs que nous produisons. Ça suffit », a lancé le vendeur de teintures.

Youssouf Z KEITA

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