Les scarifications en Afrique, entre tradition et modernité

Joana Choumali montre dans sa série de photographies “Hââbré [écriture ou scarification en langue kô du Burkina Faso], la dernière génération” les scarifications en Afrique comme signes de reconnaissance entre les peuples qu’une langue commune rassemble.

Les scarifications ethniques ou les balafres sont des incisions superficielles sur le corps et le visage. Ces marques pratiquées dans plus de 29 pays d’Afrique ont des significations qui diffèrent d’un pays et d’un clan à l’autre.

Pour certains, elles consistent à identifier les membres d’un clan ou d’une classe sociale, pour d’autres, elles révèlent la croyance en une divinité ou encore le symbole du franchissement d’une étape dans la vie.

La modernité a eu raison d’une tradition ancestrale

Cette pratique qui, auparavant, était considérée comme une fierté, une norme traduisant un rang social élevé, est aujourd’hui un facteur d’exclusion de la société moderne. De nos jours, cette tradition est plutôt vue comme une pratique, tantôt barbare, tantôt rétrograde.

«À Abidjan, ils forment la dernière génération des “hââbré” – le mot kô pour écriture et scarification –.» explique la photographe ivoirienne Joana Choumali

En effet, des moqueries en cas d’absence de cicatrices durant l’enfance, on est passé aux moqueries engendrées par ces scarifications en zones urbaine, c’est ce dont témoigne Mme K. Djeneba, gérante d’une boutique au Burkina Faso, qui vit ses cicatrices comme un poids aujourd’hui.

«Les gens trouvent ça beau, moi je trouve ça laid. Nous ne sommes pas comme les autres. Auparavant j’aimais mes cicatrices et je m’en vantais. Mais aujourd’hui, en ville, c’est passé de mode», se désole-t-elle.

Cette série de portrait a été réalisé par la photographe ivoirienne Joana Choumali en 2013-2014.

 

«Dans un continent tiraillé entre son passé et son avenir, et plus particulièrement en Côte d’Ivoire, où, depuis la crise de 2010-2011, se pose plus que jamais la question de l’identité, il me paraît essentiel de ne pas oublier ces derniers témoins de l’Afrique d’autrefois.» conclut la photographe.

(Paris)

RASMATA OUEDRAOGO

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