Tensions raciales aux Etats-Unis : «Barack Obama n’est pas responsable»

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Charlotte Recoquillon est chercheuse à l’Institut français de géopolitique et spécialiste des Etats-Unis. Maboula Soumahoro est docteure en civilisations du monde anglophone, maître de conférences à l’université François-Rabelais à Tours et spécialiste en études états-uniennes, afro-américaines et de la diaspora noire/africaine.

Obama a-t-il une responsabilité politique dans la montée des dernières tensions raciales entre Afro-américains et policiers blancs ?

Charlotte Recoquillon : Non, le problème est ancien et complexe et Obama n’est ni responsable du problème, ni en mesure de le régler tout seul car c’est un problème qui date de plusieurs siècles. Obama n’avait ni la responsabilité, ni le pouvoir car les États-Unis sont un État fédéral, la police y est gérée par les localités et le président n’a pas le pouvoir de légiférer. Sur la gestion des armes, le Congrès était opposé à la réforme de contrôle des armes à feu défendue par Obama. C’est un rapport de forces. Les lobbys pro-armement dépensent des millions pour, disent-ils, défendre leur droit inaliénable à posséder une arme et surtout un commerce très lucratif. Par ailleurs, Obama a manifesté à plusieurs reprises sa solidarité comme en 2012 lorsqu’il avait déclaré que Travor Martin, un jeune Afro-américain qui avait été tué, aurait pu être son fils.

Charlotte Recoquillon sur le plateau de la chaîne d’information France 24.

Obama est le président de tous les Américains. Il a été combattu comme Noir, il ne peut pas non plus aller complètement dans ce sens. Il ne faut pas tout attendre d’un seul homme. Sur les violences policières, des choses ont tout de même été réalisées comme la suspension des programmes de transfert d’équipement militaire aux policiers. Des mesures sur l’installation de vidéos policières ont été mises en places dans certains Etats fédéraux et sont étudiées dans d’autres. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut des mesures judiciaires. Le mouvement pour les droits civiques The Black Lives Matter a établi une dizaine de propositions comme la création d’une commission citoyenne. On ne pourra pas changer la police en dehors d’un changement de la société entière tout comme dans les années 60 qui ont permis l’octroi de certains droits aux Afro-américains.

Maboula Soumahoro : C’est une drôle de question de se focaliser sur Barack Obama. Comment le 44e président des Etats-Unis pourrait être le seul responsable ? Les Afro-américains doivent-ils être les seuls à s’engager ? Cette situation est un échec cuisant pour les Blancs comme pour les Afro-américains. La séparation des pouvoirs garantit la non autorité suprême du président sur le Congrès qui ne cesse de contrer les mesures de l’exécutif. Barack Obama n’a pas été élu en tant que Noir.

Maboula Soumahoro, l’invité de l’ancienne émission Ce soir ou jamais de Frédéric Taddeï.

Sur l’union nationale, Obama a d’ailleurs fait des compromis sur le dos des minorités en se rendant exclusivement et seulement aux cérémonies policières. Quelle était sa marge de manœuvre réelle ? Sur plusieurs sujets, Obama était coincé comme sur Guantanamo ou le contrôle des armes à feu. La question est complexe car il y a aussi des Noirs dans la police américaine, ce qui n’enlève rien au problème.

Faut-il craindre une radicalisation de la communauté afro-américaine dans ce climat de haute tension raciale aux États-Unis ?

Charlotte Recoquillon : Non pas de radicalisation mais une conscientisation des Afro-américains. De la frustration, de l’exaspération peut conduire certains individus à mener des actes violents mais ce n’est pas le fait de la communauté noire, un concept galvaudé. Une partie des Afro-américains sont proactivement en faveur du dialogue et de la négociation et d’autres sont plutôt dans d’autres stratégies de revendication plus frontales. Les militants des associations afro-américaines ont unanimement condamné la violence.

Maboula Soumahoro : On est dans un moment de crise car les tueries sont plus rapprochées. On vit un moment charnière. Certains ont profité de ce moment de crise pour discréditer les mouvements afro-américains. Les policiers ont été tués par des personnes engagées dans l’armée américaine, elles étaient donc d’anciens soldats. Dans ce sujet, on touche à la fois à la politique extérieure, l’armement et la question raciale. Si les Afro-américains voulaient tuer des Blancs, ils l’auraient fait depuis longtemps. La crainte de l’Amérique blanche est un fantasme.

Fouad Bahri

ZAMAN FRANCE

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